Discours de Madame l’Ambassadrice à l’occasion de la fête nationale

Nous voudrions, mon mari Jean-Louis et moi-même remercier particulièrement les membres du gouvernement et des institutions béninoises qui nous font l’honneur d’être des nôtres ce soir ; ces remerciements vont également à tous nos invités qui ont répondu présents et que nous sommes heureux d’accueillir pour une soirée conviviale, en fanfare, grâce à l’animation de la musique des FAB que je voudrais que nous applaudissions.

L’année dernière au même moment nous faisions nos premiers pas au Bénin et nous avions tout ou presque à découvrir…Cette année nous nous sentons véritablement « chez nous » au Bénin. En un an nous avons pu mieux connaitre votre beau pays du sud au nord et d’est en ouest, et fait plus intimement connaissance avec les Béninois et leurs réalités, mais également avec la communauté française établie au Bénin.

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Avec mon équipe à l’Ambassade, un important travail d’analyse et de réflexion a été entrepris pour mieux répondre aux attentes de nos partenaires. Il s’est traduit dans le plan d’action que j’ai présenté en février au Ministre des Affaires étrangères. Je voudrais vous faire partager en quelques mots les temps forts et les résultats de ce travail :

Tout d’abord, je souhaite souligner que le dialogue politique entre la France et le Bénin est excellent ; il porte sur de nombreux sujets et il est particulièrement fécond, notamment sur les questions de sécurité régionale ; les présidents Hollande et Boni Yayi ont des contacts suivis et amicaux ; le Président Boni Yayi a délégué son ministre des Affaires étrangères pour le représenter aux cérémonies commémoratives du 14 juillet, mais il prendra part le 15 août prochain aux manifestations célébrant le 70ème anniversaire du débarquement de Provence. Les présidents de nos deux pays ont échangé à plusieurs reprises ces derniers mois et le Président Boni Yayi a pris une part active en décembre lors du sommet de l’Elysée qui a réuni la France et ses partenaires africains ; la sécurité en Afrique était au cœur de l’ordre du jour et cela a été l’occasion de faire le point sur des sujets sur lesquels la coopération avec le Bénin est soutenue ; je pense à l’action de l’Etat en mer et la lutte contre la piraterie, la lutte contre le terrorisme, la lutte contre les trafics –narco-trafic, cybercriminalité, traite des êtres humains.

Dans ces deux derniers domaines pour la première fois d’ailleurs des projets ont été lancé cette année. J’ai eu de mon côté un dialogue continu avec le Président Boni Yayi et avec les membres de son gouvernement –je voudrais les en remercier- ; j’ai particulièrement apprécié l’ouverture de vue et la disponibilité du Ministre des affaires étrangères, de la francophonie et des Béninois de l’extérieur à échanger sur les crises –de la RCA à l’Ukraine- et sur les sujets que nous partageons dans le cadre de la « diplomatie des valeurs » que porte le Bénin sur la scène internationale –tout dernièrement sur la peine de mort par exemple. Pour un diplomate, je dirais, après cette première année de séjour que le Bénin est un pays ouvert sur le monde où il est agréable de travailler.

En matière de coopération, la réflexion a été profondément renouvelée –favorisée par l’arrivée d’une nouvelle directrice de l’agence de l’AFD, Mme Catherine Bonnaud-. En novembre 2013, un document cadre de partenariat (DCP) a été signé avec le Bénin par le Ministre français du développement, M.Pascal Canfin, contractualisant de nouveaux axes de travail et un engagement de 100M€ de nouveaux crédits sur la période 2014-2017.

Notre coopération se porte bien, elle est vivante et évolue pour s’adapter aux besoins de nos partenaires béninois, par exemple pour répondre à leur demande –fortement exprimée lors de la table ronde de Paris- sur le secteur énergétique ou sur une meilleure adéquation entre les formations et le marché du travail ; sur ces deux sujets, nous allons de l’avant, par exemple :

- l’AFD est en voie de finaliser un prêt souverain d’un montant de 53 m€, auquel elle participe à hauteur de 20m€, aux côtés de l’Union européenne et de la Banque européenne d’investissement. Ce prêt contribuera au redressement de la SBEE en renforçant et modernisant le réseau de distribution d’électricité à Abomey-Calavi et dans tout le département de l’Atlantique.
- En matière de formation, j’ai signé aux côté de la directrice de l’AFD en mai dernier un appui de 4M€ à la formation professionnelle dans la région Zou-Collines ; la coopération française va par ailleurs soutenir sur les centres universitaires à vocation professionnelle nouvellement créés.

La France accompagne également le Bénin dans l’atteinte des objectifs du millénaire, en matière de santé et d’éducation. Je ne vais pas vous faire un catalogue de projets –l’information est largement disponible-, mais plutôt éveiller votre curiosité :
- Savez-vous par exemple que les chercheurs béninois du Centre de lutte intégrée contre le paludisme et leurs collègues français de l’Institut de recherche pour le développement développent un vaccin contre le paludisme chez la femme enceinte ?
- Savez-vous que le Centre national hospitalier de pneumo-phtisiologie de Cotonou –plus connu sous le nom de Lazaret- soutenu par le Fonds mondial sida dont la France est le deuxième contributeur, a un taux de succès thérapeutique de 90% dans le traitement des nouveaux cas de tuberculose, contribuant à ce que le Bénin soit l’un des rares pays d’Afrique subsaharienne à atteindre cette cible du 6ème objectif du millénaire pour le développement ?
- Savez-vous, qu’en matière de coopération éducative et en lien avec le marché du travail, 623 Béninois ont passé les diplômes français de comptabilité via l’enseignement à distance –dans les locaux de l’Institut français du Bénin- et de l’ENAM ?

Le Bénin doit rester fidèle à sa réputation de « quartier latin de l’Afrique » et être en mesure de répondre à l’appétit de savoir et d’éducation de sa jeunesse qui est impressionnant. J’ai été surprise d’apprendre à l’occasion des festivités de la francophonie que les Béninois étaient champions du monde de scrabble ou qu’un Béninois –soutenu par la Fondation Odon Vallet- a remarquablement réussi au concours de l’école polytechnique, l’une des plus prestigieuses des grandes écoles d’ingénieurs française. Il est important de faire fructifier ces talents. Il est important d’assurer la relève des générations qui partent à la retraite, notamment dans la fonction publique, et de permettre aux plus jeunes de se former pour être en mesure d’accéder à leur tour aux responsabilités. C’est pourquoi les bourses de l’Ambassade ont été cette année concentrées sur les futurs chercheurs enseignants de l’université -22 bourses de doctorat- dont les bénéficiaires ont été soigneusement identifiés avec les structures concernées ; c’est pourquoi également l’Ambassade lance un nouvel axe de travail, à partir de la rentrée, pour appuyer la formation initiale et continue des fonctionnaires des différentes administrations, en lien avec le programme de réformes du Bénin.
Il est essentiel de soutenir en parallèle la croissance économique et le secteur productif. L’AFD s’y emploie avec la mise en place prochaine d’un prêt de 11 M€ pour soutenir l’agriculture familiale et avec la mise en œuvre d’un projet sur fonds européen pour accompagner le dialogue public-privé, le secteur productif agricole dans sa professionnalisation (filière ananas, karité, aviculture) et l’accessibilité des PME et TPE au système bancaire.

Je salue également l’action des entreprises françaises dans des secteurs clés pour la croissance du Bénin : banque, assurance, BTP, cimenterie, distribution, hôtellerie, transport aérien et maritime, services portuaires. Leur ancrage ancien et solide dans le paysage économique béninois témoigne de leur foi en le développement du Pays.

Je souhaite faire également mention du dynamisme de la coopération décentralisée, les plus anciens partenariats comme celui entre la région Picardie et le groupement intercommunal des Collines ou les nouveaux-venus que le Bénin continue à attirer. Il faut y ajouter le travail des volontaires de tous âges et toutes catégorie : environ 1500 d’entre eux chaque année consacre de leur temps pour des périodes plus ou moins longues dans le cadre d’activités de solidarité. Ils sont l’un des vecteurs importants des liens entre nos populations.
Enfin, les festivités du 50ème anniversaire de l’Institut français, honorées par la collaboration de plusieurs artistes béninois de renom, ont montré que le soutien à la création culturelle au Bénin restait une dimension forte de notre relation. Nous allons continuer dans cette voie et même innover en inaugurant à la rentrée à l’Institut un département de français avec à sa tête une nouvelle assistante technique en charge de la promotion de notre langue.

La coopération est certes l’un de nos axes de travail les plus soutenus et multiformes, mais elle ne résume pas à elle seule l’activité des agents du poste. Je voudrais mentionner quelques autres dossiers qui nous ont mobilisés.

Le premier, concerne un sujet qui préoccupe beaucoup de Béninois, celui des visa. Une stratégie « visa » a été élaborée –elle est d’ailleurs incluse dans mon plan d’action-, dans le souci d’améliorer l’accueil et les délais de délivrance, de permettre un accès plus facile aux visa de circulation pour les partenaires béninois de l’Ambassade et de la communauté d’affaire française (toutes catégories confondues) et d’accorder une attention particulière aux visa étudiants dès l’amont de la procédure d’inscription. Campus France a fait cette année un effort particulier d’information en organisant 20 sessions sur les études en France qui ont été suivies par 1200 étudiants à Cotonou et Parakou.

Le second est celui de l’élection des conseillers consulaires qui s’est déroulée en même temps que l’élection des députés au Parlement européen, clôturant le processus engagé depuis deux ans pour réformer le mode de représentation des Français à l’étranger. Le conseil consulaire, nouvel échelon local ainsi créé, vient enrichir le fonctionnement démocratique de nos institutions. Trois conseillers consulaires Madame Françoise Varin, M. Thierry Houngbedji et M.Luc Dorso et ont été élus pour représenter les Français du Bénin, ils seront désormais associés aux travaux de l’Ambassade dans les principaux dossiers intéressant la communauté française.

Le troisième sujet touche à la gestion de cette ambassade et de son patrimoine. Avec mon équipe, et l’association de quelques bénévoles extérieurs à l’ambassade, nous avons mis en place un plan Ambassade verte (gestion des déchets, économies d’énergie) et de rénovation du patrimoine (parc et mosaïque). Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous les soutiens apportés dans ce cadre, et tout particulièrement les sociétés françaises qui se sont associées au projet de rénovation du patrimoine et ont également apporté des contributions à l’organisation de cette soirée. Je ne vais pas les citer toutes, leur logo s’affiche sur le carton qui vous a été remis à l’entrée. Leur générosité a contribué à la réussite de cette soirée et de celle qui se déroulera à l’Institut pour la communauté française. Je remercierai plus spécialement Bénin Couleur Jazz pour le prêt de la scène et des équipements de sonorisation et de lumière.

L’année écoulée a été riche en entreprises et je voudrais aussi féliciter mon équipe que j’ai beaucoup sollicitée et qui a accepté de me suivre, parfois hors des sentiers battus…. Certains d’entre eux vont nous quitter, comme le Colonel DEUWEL ou notre attaché de presse Alexis BITAUDEAU. Tous deux démarrent une nouvelle page de leur vie professionnelle. Je leur souhaite plein succès pour l’avenir. D’autres nous arrivent, comme le nouveau médecin de l’Association médicale et sociale des français du Bénin, le Docteur Olivier Maunoury qui est parmi nous ce soir.

Les mois à venir vont être importants pour le Bénin avec la préparation des échéances électorales locales et législatives et plus tard présidentielles. Nous souhaitons que la jeune démocratie béninoise, qui depuis 1990 n’a pas failli malgré les écueils, passe ces étapes dans l’harmonie et le respect des principes qu’elle s’est fixée dans sa constitution.

Je voudrais terminer cette intervention par un hommage à nos anciens combattants. 2014 est en France une année de commémoration collective ; nous célébrons le centenaire de la déclaration de la première guerre mondiale, la « grande guerre » qui a fait tant de victimes et qui pour la première fois a vu des Africains se battre côte à côte avec leurs frères français ; nous célébrons également le 70ème anniversaire de la libération ; entre 1939 et 1944 ce sont près de 140 000 Africains qui ont combattu pour la France et près de 24000 sont morts au combat.

C’est pourquoi, lors des célébrations à Paris, les Africains seront mis à l’honneur avec la participation de gardes au drapeau des pays amis ayant participé à la Libération. 4 jeunes civils béninois défileront également sur les Champs-Elysées avec d’autres camarades africains et donneront un spectacle en faveur de la paix. Le Bénin compte plusieurs anciens combattants qui ont participé à ces combats en Afrique du Nord, en Méditerranée, en France et jusqu’en Allemagne, certains y ont même été grièvement blessés. J’ai voulu les honorer ce soir et deux d’entre eux sont sur ce podium. Je voudrais brièvement vous les présenter.

- Mr ISSA KOMATE
Incorporé au Bataillon de Tirailleur Sénégalais n° 8 le 16 décembre 1938, le Tirailleur ISSA KOMATE a ensuite servi au sein du 25ième Régiment de Tirailleurs Sénégalais. Participant à la campagne de France il est blessé le 25 mai 1940 lors des combats de BLOGNY Ferme d’ARSONVAL dans l’Oise. Il est cité à l’ordre du régiment et est décoré de la croix de guerre 39-45 avec étoile de bronze.
De retour à Cotonou en 1941, il sert alors au sein du Régiment de Tirailleur Sénégalais du Dahomey.
En 1943, il rejoint le 43ième Régiment d’Infanterie Coloniale au Maroc. Rapatrié en 1946, il est affecté à la réserve du Bataillon Autonome du Dahomey, puis est finalement dégagé de ses obligations militaires en 1962. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur le 04 août 2004.

- Mr BAGUIDI N’TIA
Incorporé le 16 décembre 1941, le Tirailleur BAGUIDI rejoint l’Algérie en août 1942. Le 8 novembre 1943, il intègre au 13ième Régiment de Tirailleur Sénégalais. Après un passage en Corse, il débarque sur l’ile d’ELBE et y est gravement blessé le 17 juin 1944, lors d’un affrontement avec les forces allemandes. Cité à l’ordre de l’Armée au 2ième Bataillon du 13ième RTS, il est décoré de la croix de guerre 39-45 avec palme.
Décoré du mérite colonial le 31 août 2007 lors du 150ième anniversaire de la création des tirailleurs sénégalais. Monsieur Jacques CHIRAC, Président de la République Française, lui remet la Légion d’Honneur le 15 août 2004 lors des commémorations du 60ème anniversaire du débarquement de Provence à TOULON.

Au nom de tous, je voudrais leur témoigner notre reconnaissance et notre admiration.

L’Ambassadrice de France au Bénin, Aline Kuster-Ménager

Dernière modification : 15/07/2014

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