Issa Komate, Ancien Combattant de la Seconde Guerre Mondiale

Incorporé en 1938, le tirailleur Issa Komaté est blessé durant la campagne de France en 1940, dans l’Oise. Rapatrié en 1941, il est réengagé dans le même régiment. En 1943, il rejoint le 43ème Régiment d’Infanterie Coloniale au Maroc. Rapatrié en 1946, il est affecté à la réserve du Bataillon Autonome du Dahomey, puis est finalement dégagé de ses obligations militaires en 1962. Cité à l’ordre du régiment et est décoré de la croix de guerre 39-45 avec étoile de bronze, il est fait chevalier de la Légion d‘Honneur en août 2004.

Bonjour M. Komate

Quand avez-vous donc rejoint l’armée ?

J’ai rejoint l’armée le 12 décembre 1938, j’avais 18 ans. J’ai maintenant 93 ans.
Ça m’a plu à l’époque. J’étais à l’OCBN [Organisation Commune Bénin-Niger des chemins de fer et des transports, ndlr] et c’était le moment du recrutement. Après un avis positif du docteur, j’ai demandé moi-même à rejoindre l’armée. Je suis un engagé volontaire.

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Quel est votre souvenir de la guerre ?

C’était une guerre meurtrière. Elle a décimé beaucoup de combattants. Nous avons fait un effort peut-être vain parce que l’ennemi l’a emporté sur nous. J’ai perdu beaucoup de mes hommes. S’il vous faut vous relater les histoires de cette guerre comme je les conçois, c’est triste. C’est les histoires du passé.
Nous avons attaqué les ennemis dans la Somme. Ils étaient déjà installés. Nous sommes partis en combat offensif. Ce combat offensif se déroulait sur un terrain nu. Ils étaient déjà dans les tranchées, camouflés. Nous n’avons fait aucune tranchée. Ils avaient des fusils, des armes automatiques, qui tirent 250 cartouches. Et quand ils mettent la main sur la gâchette, c’est pour vider la bande. Ils ne tiennent pas compte des pertes qu’ils créent. Pendant ce temps, on avait seulement 48 cartouches par homme. Nous avions des fusils 7-15, et des fusils 36, ce sont des fusils ordinaires, qui tirent coup par coup. Nous avons progressé jusqu’à 150 mètres d’eux.
Sur ce terrain, on ne peut pas lever la tête. Vous levez la tête vous êtes mort. Au-dessus de tout cela, il y a les avions. Les avions qui viennent par vague. La première bombarde, la deuxième mitraille, et la troisième incendie.
Dans ce contexte-là, on ne peut plus bouger. On est resté comme ça jusqu’à 17h.
Tous mes combattants sont morts sur place, sur leur position. Dès que je me suis levé à 17h, j’ai reçu une balle dans le ventre et une dans le pied. La balle dans le pied m’a cassé le pied. J’ai attendu la nuit profonde pour ramper. Dans l’obscurité, j’ai essayé de battre en retraite. Des brancardiers m’ont trouvé. Ils m’ont conduit à l’hôpital de secours Beauvais, puis à Cholet, puis à Niort, et de Niort à Toulouse. J’ai été envoyé dans les Pyrénées ensuite en attendant d’être rapatrié. On nous a embarqués à destination de notre pays d’origine.
La bataille de la Somme va être l’une des batailles qui m’a le plus marqué. Ce qui s’est passé dans la Somme… Il y a eu des ravages, il y a eu beaucoup de morts.

Que s’est-il passé avant la bataille ?

Nous n’avons eu aucune préparation. Une fois débarqué du train, nous avons pris la route, sans aucune préparation. Il ne faisait pas froid. Le temps était beau. La peur disparaît parce que les détonations sont comme de la musique. On n’a pas vu une seule tête d’Allemand. On voit leur action, on voit leurs tirs, avec leurs fusils, leurs 250 cartouches. Tous les combattants installés en première ligne, en batterie, ils ne se sont plus levés. Moi j’ai survécu, j’étais au poste radio, j’étais un peu en arrière. Les vrais combattants sont un peu en avant. Le capitaine, l’adjudant-chef, tous ils sont restés couchés. Avant de partir de la garnison de Perpignan, nous avons laissé toutes nos affaires dans le magasin du bataillon. Maintenant, au retour, tout le monde n’est pas revenu. Il y avait tellement de valises. On te dit, prends en une, c’est à toi, ce n’est pas la tienne, mais le combattant est resté au champ d’honneur. Vous prenez une valise, si ça ne vous convient pas, c’est comme ça, vous prenez une valise. J’ai pris la valise d’un autre, et tout ce que j’ai trouvé ne m’allait pas. J’ai été obligé de laisser la valise. Ma valise au départ, il y avait mes habits, les chaussures, les pantalons, les chemises, pour porter au pays. J’avais même un accordéon. Je voulais apprendre à jouer. J’ai vu un monsieur à l’un des repas qui venait s’asseoir pour jouer de son accordéon. Et ça m’a plu, je me suis dit, cet appareil il faut l’acheter. C’est un autre qui va apprendre l’accordéon...

Que pouvez-vous dire sur les dégâts de la guerre  ?

Les dégâts on n’en parle pas. Trop de dégâts. C’est les avions qui bombardent.
Quand nous étions dans le train entre Perpignan et l’Alsace-Lorraine, nous avions installé des camions anti-char dans le train. Les avions allemands sont passés, et ils ont bombardé la voie. Ils ont coupé les rails. Ils voulaient nous attaquer. Mais il y avait parmi nous un bon tireur. Il a utilisé son canon anti-aérien, il descendait les avions. Ce tireur a descendu plus de 6 avions.

A la fin de guerre, qu’avez-vous ressenti ?

Il y avait de quoi être très content. Il y avait vraiment eu de la casse. Ca faisait pitié. Trop de casse.

Quelle est la raison derrière la guerre selon vous ?

Nous n’avions pas beaucoup d’information. Souvent, je ne sais pas pourquoi on l’a fait. Je n’ai pas trouvé d’écrits convaincants. Nous sommes des exécutants. Comme le règlement militaire dit : l’exécution avant les réclamations. On marche les yeux fermés.

Les gens sont-ils reconnaissant de vos services ?

Oui, la France est reconnaissante à l’Afrique pour les services rendus. C’est important. Ça nous rend grands.

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Après la guerre, qu’avez-vous fait ?

Avant d’aller en guerre, j’étais mécanicien des cheminots, je conduisais la locomotive. Après la guerre, je suis devenu radio télégraphiste. Et, à ma retraite de l’armée, j’ai pris service auprès de l’aviation. J’ai fait de la protection aérienne à Cotonou. Je me suis marié aussi et j’ai eu 7 enfants. Quant à mes blessures, la blessure au pied continue. La blessure au ventre s’est cicatrisée après mon opération à Beauvais pour retirer la balle.

Vous avez des regrets ?

Je ne regrette pas. J’ai vu beaucoup de bonnes choses et mauvaises choses.

Parmi les bonnes choses ?

Je n’ai pas été oublié. J’ai été reconnu pour ce que j’ai fait. Parmi les décorations, j’ai la légion d’Honneur, la médaille militaire pour un travail parfaitement bien fait. La croix de guerre avec étoile pour combattant de guerre. La médaille combattante. Celle de blessé de guerre et la médaille commémorative.

Et la retraite, que faites-vous maintenant ?

C’est le repos. J’aime les constructions et je fais de la maçonnerie.

Dernière modification : 08/08/2014

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