Jacques Masson, chef du Projet d’Appui au Renforcement de la Sécurité Intérieure au Bénin

Bonjour Jacques,

1.Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Agé de 49 ans, je suis né en France, que j’ai quittée très jeune, dès 1971, pour la Libye d’abord, puis pour le Burundi, mes parents ayant fait le choix de l’expatriation. Cette jeunesse outre mer a eu par la suite une influence certaine sur mes orientations professionnelles.

De retour en France et après mes études supérieures, je suis entré dans la vie active au Ministère de la Coopération, avant de très vite rejoindre les rangs de la Police Nationale française. Après un début dans les rangs de la police judiciaire parisienne qui me conduira à la Brigade des Stupéfiants du 36 Quai des Orfèvres, j’ai rejoins le Service de Coopération Technique Internationale de Police en janvier 1993, devenu Direction de la Coopération Internationale du Ministère de l’Intérieur, et ne l’ai plus quitté depuis.

Ces vingt dernières années passées à l’international,, m’ont permis de vivre des expériences passionnantes. Sur un plan professionnel elles m’ont permis d’élargir fortement mon champ de compétences. J’ai occupé des postes d’ETI sectoriel, de chef de projet, de chef de service en administration centrale en France, et j’ai aussi eu la chance de travailler au sein d’une organisation internationale, INTERPOL, pour laquelle j’ai rempli les fonctions de coordonnateur technique sur le ressort des 25 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

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2.Quelles sont vos activités au Bénin ?

J’ai été recruté par le Ministère des Affaires Etrangères français pour exercer au Bénin les fonctions de conseiller de gouvernement, auprès des Ministres de la Défense, de l’Intérieur, de l’Economie et des Finances. Ma mission, initiée en mars 2008 et qui arrive à son terme, était d’être le chef du Projet d’Appui au Renforcement de la Sécurité Intérieure au Bénin (PARSIB).

A ce titre, la partie la plus importante de mon activité, depuis mon arrivée au Bénin en mars 2008, a été la conduite de ce projet qui mobilise, chez nos partenaires béninois, la Police, la Gendarmerie, les Douanes, la Justice et le Trésor. Les personnels de ces administrations travaillent aujourd’hui de concert au sein du Centre de Documentation de Sécurité Publique (CDSP), installé à Sèmé Kpodji.

Par ailleurs, étant Commandant de Police détaché au Bénin et chargé, pendant la plus grande partie de mon séjour, des fonctions d’adjoint à l’Attaché de Sécurité Intérieure près l’Ambassade de France, j’ai bien sûr eu à mener d’autres activités, habituelles dans ce domaine spécifique, et nombreuses au Bénin compte tenu de la qualité et de la densité des relations entre nos deux pays.
J’ai donc régulièrement participé au fonctionnement interne de l’Ambassade, comme à la coopération institutionnelle en matière de Gouvernance (notamment sur le secteur de la Justice), aux groupes de travail des partenaires techniques et financiers (PTF), ou à la coopération opérationnelle entre nos deux pays.

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3.Quel est l’état d’avancement de vos projets ? Quel bilan tirez-vous de vos activités ?

Les acquis du PARSIB ont été remis fin 2012 aux autorités béninoises. Le PARSIB est un projet précurseur en Afrique. Au delà de son objectif général d’amélioration de la sécurité intérieure, ses objectifs intermédiaires ont une importance stratégique pour le Bénin. Il s’agit en effet de doter les forces de sécurité du Bénin de fichiers informatisés partagés, accessibles depuis l’ensemble du territoire béninois, et de permettre au Gouvernement de disposer d’indicateurs statistiques fiables. Les enjeux, en termes de sécurité intérieure, composante indispensable au développement, mais aussi de lutte contre les grands trafics ou le terrorisme, de contrôle des flux migratoires et d’efficacité globale en termes de Gouvernance, sont évidents.

L’importance de ces enjeux sont, d’ailleurs, bien compris au delà des frontières du Bénin et de la France puisque l’Union Européenne a récemment décidé, en association avec INTERPOL et sous l’égide de la CEDEAO, de déployer un projet assez similaire (WAPIS-SIPAO) sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Ce projet était complexe et particulièrement difficile à mettre en œuvre :
D’une part, il était impossible de se référer à des projets antérieurs, du fait de son côté novateur. Par ailleurs, il n’est jamais simple de faire travailler de concert des administrations qui n’ont pas toujours la même culture tant administrative qu’opérationnelle.

Surtout, son caractère fortement technologique posait des exigences lourdes en termes de capacités d’évolution, de maîtrise des coûts présents et à venir, d’interopérabilité avec des systèmes similaires dans une perspective régionale, et d’anticipation sur l’avenir, faute d’en compromettre totalement la réussite et la pérennité. Cette dernière a d’ailleurs été ma préoccupation constante, dès le début du projet.

Enfin, PARSIB c’est aussi un projet visant à rendre plus autonomes les forces de sécurités qui en ont bénéficié : plus de 6000 personnes ont suivi des stages techniques et opérationnels, et 60 formateurs relais ont été formés pour privilégier l’utilisation de ressources locales dans les formations futures. Ce recours à la technicité locale a également été un critère important, tous les volets techniques y compris les développements informatiques ont été conduits par des sociétés béninoises.

Le résultat final est très positif. Le fait que ce projet ait été salué tant par les différentes missions d’évaluation que par le Secrétaire Général d’INTERPOL ouvre pour le Bénin d’excellentes perspectives. INTERPOL a d’ailleurs d’ores et déjà pris en compte les résultats du PARSIB en inscrivant le Bénin en complément des pays pilotes de WAPIS-SIPAO.

Pour ma part, ces cinq années et demie auront été particulièrement denses. J’ai eu la chance de travailler avec des partenaires de qualité, ce qui m’a considérablement aidé, car un projet est d’abord un travail d’équipe.

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4.Quelle est la place de l’expert technique international (ETI) dans l’organigramme des Ministères béninois et de l’Ambassade ?

Le chef de projet a un rôle de coordination entre tous les acteurs. Il travaille en étroite collaboration avec son partenaire direct, le coordonnateur national. En ce qui concerne le PARSIB, qui impliquait plusieurs ministères du Gouvernement du Bénin, le partenaire naturel est le Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et des Cultes, puisque c’est ce ministère qui est chargé de piloter la sécurité intérieure du pays.

Cependant chaque ministère joue un rôle important et c’est la raison pour laquelle, comme je l’évoquais plus haut, l’équipe qui gère désormais les acquis de ce projet est composée de personnels issus de tous les ministères impliqués. Le CDSP, qui est le cœur du dispositif, est d’ailleurs dirigé à tour de rôle soit par un Douanier, soit par un Gendarme, soit par un Policier. Cette solution a en outre l’avantage de renforcer la motivation de chaque force impliquée.

Au sein de l’Ambassade, comme tous les ETI travaillant en matière de sécurité intérieure ou de sécurité civile, je suis placé sous l’autorité de l’Attaché de Sécurité Intérieure près l’Ambassade de France au Bénin, le Colonel Alain Gourio.

Dernière modification : 05/08/2013

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