Journée Internationale des Droits de la Femme : discours de l’Ambassadrice de France

Journée Internationale des Droits de la Femme. Discours de l’Ambassadrice de France à l’occasion du lancement du projet "Agir maintenant pour les femmes" de l’ONG Femme Action Développement (FAD) le 6 mars 2014


Lancement du projet Femmes Actions Développement, 6 mars 2014
Discours de S. Exc. Mme Aline KUSTER-MENAGER, Ambassadrice de France au Bénin

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L’expertise et l’engagement de l’ONG Femme Action et Développement dans le domaine de la protection des femmes n’est plus à démontrer. Son soutien aux jeunes filles de « La Passerelle », les nombreuses campagnes de sensibilisation particulièrement sur le sujet sensible du harcèlement sexuel en milieu scolaire, ont fait de FAD un acteur incontournable de la cause des femmes et des enfants ainsi qu’un partenaire privilégié de l’ambassade de France.

Madame la Première Dame, Vous avez été toujours disponible pour apporter votre soutien et donner encore plus de force et d’impact à cette campagne de sensibilisation à la loi contre les violences faites aux femmes. Votre présence ce matin aux côtés de l’association FAD et à travers l’association « Adjalala – Horizons d’Espoirs » en témoigne une nouvelle fois. Soyez-en remerciée.

C’est un plaisir et un devoir pour l’Ambassade de France de joindre ses efforts dans le cadre du projet « Agir maintenant pour les femmes », et un honneur qu’il m’a été donné de lancer ce projet aujourd’hui à vos côtés.

Ce projet d’envergure vise à communiquer et à sensibiliser sur toutes les formes de violences faites aux femmes et à vulgariser, 2 ans après son entrée en vigueur, la loi pour l’amélioration de l’environnement juridique des femmes au Bénin.

J’ai visité en arrivant avec la Première Dame, l’exposition des dessins récompensés parmi les plus de 1000 dessins reçus de tout le pays, toutes générations confondues, avec une participation des deux sexes.

J’ai remis le premier prix à un tout jeune homme qui avait illustré de manière très réaliste une scène de violence faite à une femme. En temps normal, je suis toujours sensible à ce qu’une femme se distingue dans une compétition. Aujourd’hui, je suis heureuse qu’un homme ait remporté ce prix, car il est important de remporter l’adhésion des hommes si l’on veut lutter contre la violence faite aux femmes.

Ce projet de 6 mois consiste également en la mise en œuvre d’une campagne de sensibilisation itinérante à bord du train Ebène à travers 7 villes du Bénin. Chaque étape offrira des lieux de parole permettant aux autorités communales, aux professionnels de santé, aux responsables d’associations des parents d’élèves ainsi qu’aux élèves d’approfondir leur connaissance de ladite loi et des voies de recours existantes.

Ce combat est au cœur des priorités de l’Ambassade de France, qui soutient également l’Association des Femmes juristes du Bénin dans l’organisation de forums de citoyennes dans différents quartiers de Cotonou.

Ces forums offrent un espace d’expression pour les femmes victimes qui sont de plus en plus nombreuses à vouloir témoigner et à lever ce tabou trop souvent tu dans la société et le cercle familial. C’est en élevant ces voix et en condamnant publiquement ces violences que nous pourrons ensemble faire reculer ces pratiques. C’est aussi en engageant tous les acteurs publics = parlementaires, acteurs sociaux, magistrats, policiers… = afin que chacun tienne sa place dans le combat. Je sais qu’ils sont nombreux au Bénin à se mobiliser.

Ce combat est un combat de la modernité, du développement et de la dignité pour que chaque être humain puisse bénéficier de mêmes droits, des mêmes chances pour s’épanouir dans la vie quelle que soit son sexe ou son origine sociale.

La violence est dans la Nature humaine mais elle s’exerce davantage sur certaines populations : les femmes et les enfants. Certains chiffres nous imposent d’être extrêmement vigilants et de ne jamais abandonner ce combat de l’ombre.

Une vaste enquête vient d’avoir lieu pour la 1er fois en Europe, et ses résultats sont édifiants : Une femme sur trois vivant dans l’Union européenne a été victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans sa vie depuis l’âge de 15 ans, selon une étude publiée mercredi par l’agence européenne des droits fondamentaux (FRA). La FRA estime qu’une femme sur vingt a été violée depuis l’âge de 15 ans.
Nous avons besoin d’agir quel que soit le continent, trop de femmes souffrent en silence.

Par exemple, une égalité plus aboutie, un cadre juridique renforcé, une sensibilisation planifiée et sans relâche sont des atouts indéniables qui permettent aux femmes de s’exprimer plus librement et de dénoncer cette inégalité chronique entre les hommes et les femmes.

En votant cette loi très importante, le Bénin a fait une grande partie du chemin. Notre devoir maintenant, Madame la Première Dame, est de faire changer, à vos côtés, les mentalités en multipliant les lieux de parole et les projets innovants portés par des associations engagées, tenaces qui offrent aux femmes la possibilité de prendre conscience de leurs droits et par voie de conséquence, d’accéder à une certaine autonomie.

Je souhaiterais également attirer votre attention sur une pratique qui, certes recule au Bénin, mais continue d’avoir cours. Il s’agit des mutilations génitales qui sont une atteinte aux droits fondamentaux de la personne, condamnée par les textes internationaux.
Certains dessins des enfants ont illustré cette pratique de manière très réaliste. L’excision fait partie des violences faites aux femmes reconnues par la loi 2011-26. Elle est pourtant reconnue comme une discrimination empêchant les filles et les femmes de jouir pleinement de leur intégrité physique, et nuisant à leur santé.

Malgré cet engagement très fort des autorités béninoises en comparaison avec d’autres pays, 13 % de filles et de femmes âgées de 15 à 49 ans seraient victimes de ces pratiques d’un autre âge selon une enquête parue en 2013 de l’UNICEF.

Nous savons que l’ONG FAD s’engage dans la lutte pour l’éradication des pratiques d’excision. Là aussi, il faut expliquer, dialoguer et éduquer, mais poursuivre les auteurs et complices d’actes d’excision et organiser la prise en charge des femmes mutilées est également indispensable.

Face à tous ces enjeux, auxquels en tant que femme, je suis particulièrement sensible, vous trouverez toujours mon Ambassade à vos côtés pour que le Bénin continue à obtenir des résultats en termes de lutte et de sensibilisation.

Permettre à une femme de devenir une citoyenne à part entière est impératif pour toute société démocratique.

L’attachement du Bénin à la démocratie et la vigueur des convictions des citoyens béninois me rende confiante que cette cause progresse. Votre engagement ce matin, Mesdames,… Messieurs, en témoigne.

Dernière modification : 10/03/2014

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