L’Afrique et les réseaux sociaux

Le 20 février dernier, lors de la Social Media Week, une conférence "L’Afrique et les réseaux sociaux (RS)" était organisée à Paris. Quatre intervenants se sont succédés : Elise Colette, rédactrice en chef de Jeune Afrique, Cédric Kalonji, journaliste, blogueur et web-développeur, Cheikh Fall, cyber-activiste sénégalais, blogueur et initiateur du projet web social-démocratie sunu2012 et Mohamed Diaby, blogueur sénégalais.

En Afrique, la part du mobile dans l’utilisation d’internet a très fortement augmenté, passant de 6 % en 2010 à 15 % en 2012, notamment sur les réseaux sociaux.

Ceux-ci sont devenus un moyen d’information et de communication, dans un contexte d’exercice et de liberté de la presse parfois défaillant. Techniquement, les SMS sont rois, pour pallier à la lenteur des connexions internet mobiles. Les opérateurs ont d’ailleurs pris en compte ce phénomène dans leurs offres. Par exemple, lorsqu’on reçoit une photo par MMS, on peut répondre "J’aime". L’image est alors publiée sur son compte Facebook. Un système beaucoup plus accessible que la 3G, dont les coûts sont trop élevés et qui implique de posséder un smartphone.

Ce mode de communication a permis à des projets citoyens de voir le jour. C’est le cas de Sunu, au Sénégal, qui montre l’influence des réseaux sociaux sur la vie politique. Un projet similaire avait été lancé en 2012 lors des élections en Côte d’Ivoire, avec le hashtag #civi2012.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle social et humanitaire. Ce fut le cas notamment lors de la bousculade mortelle du Plateau au Sénégal. Les réseaux sociaux ont permis de coordonner les recherches, de tenir au courant les familles via le hashtag #drameplateau ou encore de mettre en place une ligne téléphonique d’urgence avec l’opérateur. Les plus jeunes se sont ainsi fait le relais de l’information à destination des familles.

Des différences entre pays anglophones et francophones

Les pays anglophone d’Afrique ont eu plus de facilité à s’approprier les moyens de communication créés par des entreprises américaines comme Facebook. Créé en anglais, Facebook s’est ainsi d’abord propagé sur le continent via le Kenya. Cela fait aujourd’hui des Kenyans et des Sud-Africains des utilisateurs très actifs de ce réseau.

Côté francophone, Facebook a d’abord dû se développer en France puis, une fois traduit, a pu se propager en Afrique francophone, notamment via le Sénégal.

Des alternatives à Facebook et à Twitter

- Mxit(Afrique du Sud) : d’abord une plateforme de chat, puis un vrai réseau social. Aujourd’hui, il compte deux fois plus d’utilisateurs que Facebook dans le pays. Il est plus adapté aux usages et est en train de se diffuser dans d’autres pays. L’Etat sud-africain et quelques marques passent aujourd’hui par Mxit pour diffuser leurs messages et organiser des campagnes de communication.

- Ushaidi(Kenya) : un système de géolocalisation créé après la crise de 2007 et qui permet de créer des cartes. Le logiciel open source du même nom a été repris à Washington lors de la tempête de neige de 2010 et au Japon au moment du tsunami.

Le Kenya devient d’ailleurs une Silicon Valley africaine, même si Le Caire est la ville africaine la plus active sur les réseaux sociaux.

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Un "knowledge center" dans la vallée du Rift, Kenya (Photo : Gates Fondation)

Conclusion

Le contrôle parfois exercé sur internet par les gouvernements ne semble pas enrayer cette éclosion des RS en Afrique. S’il s’avère trop important, des solutions ne tardent pas à émerger dans la société civile. Par exemple, lorsque le réseau internet fut coupé au Congo, les messages furent envoyés à des correspondants vivant à proximité des frontières, qui purent capter des réseaux étrangers et publier des informations.

L’utilisation des réseaux sociaux ne se limite plus au seul domaine de la politique. Il peut s’agir d’une application permettant de commercer au Kenya : par SMS, un agriculteur peut vendre ses récoltes à un acteur en ville. Ou encore d’une e-tablette connectée à un médecin en ville. Ces systèmes encore embryonnaires sont représentatifs des évolutions en cours. La culture est un autre domaine d’application avec Afripedia par exemple, projet de développement de Wikipedia hors connexion. L’Afrique est encore en phase d’apprentissage, de partage. De plus en plus de villages comptent des "ambassadeurs web" et une prise de conscience émerge. D’ici quatre ou cinq ans, avec la généralisation des smartphones à bas coût, les populations devraient s’approprier complètement ces nouveaux usages.

Aller plus loin :

- Le site de la Social Media Week
- Article de Laure Constantinesco sur TV5Monde
- Article de Jeune Afrique sur les personnalités africaines les plus suivies sur Twitter
- Article d’afrik.com sur les mails-sms sur mobile
- Sunu– instrument de veille citoyenne
- Mxit : réseau social en Afrique du Sud
- Ushaidi : système de géolocalisation (Kenya)

Dernière modification : 13/05/2013

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