Discours de S. Exc. M. Jean-Paul Monchau

S. Exc. M. Jean-Paul Monchau, Ambassadeur de France au Bénin, a organisé une réception la veille de son départ, à laquelle ont assisté plus de deux cents personnes. Cette soirée était l’occasion pour lui de dresser un bref bilan de la coopération franco-béninoise et de faire quelques mises au point.

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Discours de S. Exc. M. Jean-Paul MONCHAU
Ambassadeur de France au Bénin

A l’occasion de la réception du 18 juin 2013

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Chers amis,

Merci d’avoir répondu à notre invitation. Avec Françoise, nous voulions vous réunir une dernière fois pour vous dire « au-revoir ». Votre présence ce soir est un signe d’amitié, de considération, parfois même de courage et elle nous honore.

Nous allons partir du Bénin après bientôt deux années à la tête de cette ambassade. Deux années seulement, il est vrai, mais ce furent deux années pleines. J’avais choisi de venir au Bénin, parce que je voulais revenir en Afrique et il me paraissait intéressant, pour ce qui devait être un dernier poste dans ma carrière, de passer ces années dans un pays francophone, attaché à la France par des liens historiques, politiques et culturels, un pays avec lequel nous partageons de nombreuses valeurs, un pays réputé pour sa démocratie, sa stabilité et pour les qualités de ses habitants.

A la tête de mon équipe, que je tiens à remercier tout spécialement, notamment Isabelle Edet, Premier conseiller, qui se trouve en France actuellement, je me suis donc beaucoup investi avec la volonté de maintenir et d’intensifier ces liens entre nos deux peuples. En effet, au-delà des relations entre gouvernements, ce qui nous motive dans le temps, ce sont les relations entre les populations, entre les gens.

Plus que jamais, les relations internationales restent une affaire d’hommes et de femmes qui échangent, travaillent ensemble à leur avenir, et je pense que l’Europe et l’Afrique, que la France et le Bénin, ont beaucoup à partager.

Nous avons donc beaucoup travaillé au cours de ces deux dernières années dans nos domaines traditionnels de coopération : l’enseignement et l’enseignement supérieur, les échanges culturels (le CCF en se transformant en IFB a trouvé un nouveau dynamisme), la coopération de sécurité et de défense, en particulier la sécurité en mer et la lutte contre la piraterie maritime, contre les trafics de drogue et de substances illicites, la formation des hommes en uniforme, au CPADD de Ouidah et au CPPJ de Porto Novo, la santé avec d’ambitieux programmes en faveur de la santé de la mère et de l’enfant, la lutte contre le VIH-SIDA, la valorisation de la coopération scientifique portée au Bénin par plus de 30 chercheurs de l’IRD et du CIRAD. Et je pourrais continuer en parlant de la coopération décentralisée (diplomatie des territoires) qui unit plus de 50 collectivités locales de France à autant de communes du Bénin, en marche vers une décentralisation plus effective.

Dans le domaine de la gouvernance, nos efforts ont porté principalement sur le secteur Justice et sur les droits de l’homme. La protection des enfants, un véritable enjeu pour ce pays, les droits des femmes, la lutte contre la corruption (vaste programme !) m’ont mobilisé en liaison avec les autres PTF et avec les services du gouvernement. J’ai bien conscience que beaucoup de travail reste à faire dans ces domaines.

J’ai aussi voulu contribuer à la « diplomatie économique » à travers un appui aux entreprises françaises, très présentes au Bénin, et avec le soutien de conseillers du Commerce extérieur de la France dont plusieurs sont ici ce soir.

Au Consulat de France, nous avons amélioré les conditions d’accueil des ressortissants français et des demandeurs de visa. Le lycée Montaigne a lancé son programme de rénovation qui va s’étaler sur plus de deux ans. J’ai appuyé aussi la vie associative dans ce pays qui compte plus de 4500 ressortissants français. Je pourrais aussi parler de nos ONG, de nos volontaires, etc…

Sur le plan politique, les relations entre nos deux pays ont été marquées notamment par trois visites du Chef de l’Etat à Paris, en novembre 2011, avec Nicolas Sarkozy, puis en 2012 et début 2013 avec François Hollande. De nombreux ministres béninois ont séjourné en France, soit sur notre invitation, soit à l’occasion de multiples réunions et conférences. Ici au Bénin, Jean-Marc Ayrault, Laurent Fabius ou Alain Juppé ont été accueillis par les plus hautes autorités béninoises.

Ces rencontres illustrent la densité d’une relation politique qui s’est intensifiée avec la présidence de l’Union africaine, exercée de janvier 2012 à janvier 2013 par le Président de la République du Bénin. Cette présidence a très particulièrement été marquée par la crise au Mali qui nécessitait une intervention de la communauté internationale. Beaucoup d’échanges ont eu lieu entre Paris et Cotonou, pendant cette période, au sujet de la situation à Bamako et dans le Nord Mali. Inutile de vous dire que cette ambassade a tenu son rôle dans cette « boucle diplomatique » et que les échanges ont été constants entre les capitales de nos pays pour aboutir, avec le soutien actif de la présidence de l’Union africaine, à la résolution 2085 des Nations Unies puis, sur la demande du Président du Mali, à l’intervention de la France avec l’opération Serval. Cette opération a été soutenue, vous le savez, par des troupes africaines, dont celles du Bénin.

C’est vous dire combien ce séjour au Bénin m’a passionné. Seulement voilà, dans la vie d’un diplomate, certains événements peuvent venir contrarier les meilleures intentions ou interrompre le cours des choses. Et je voudrais donc avant de terminer ce propos, faire deux mises au point.

En février dernier, les médias se sont en quelque sorte « emballés » à la suite d’une modification des conseils donnés par le Quai d’Orsay aux voyageurs qui se rendent au Bénin. Jamais la France n’a déconseillé à ses ressortissants de se rendre au Bénin. Mais en clair, par précaution, il est conseillé d’être vigilant dans le Nord Bénin près de la zone frontalière avec le Nigéria. Ce site « Conseils aux voyageurs », pour l’ensemble des pays du monde, est régulièrement mis à jour et tient compte du « principe de précaution » auquel est soumis tout gouvernement. Dois-je rappeler qu’au Bénin, pays qui s’est fortement engagé au Mali, plusieurs autorités béninoises ont fait état d’infiltrations djihadistes. Le Bénin compte plus de 700 km de frontières avec le Nigéria et il avait renforcé la sécurité dans cette zone dès le mois de février. Ces conseils aux voyageurs n’avaient donc rien d’extraordinaire car le Bénin se trouve en Afrique de l’Ouest, une région désormais malheureusement soumise à des menaces dont il convient de tenir compte lorsqu’on se déplace dans cette zone. Pas de quoi, en tous cas, mettre en cause l’ambassadeur pour des conseils qui relèvent in fine de la compétence du Quai d’Orsay.

Par ailleurs, un hebdomadaire africain et certains quotidiens béninois, sans doute informés à de mauvaises sources, à moins qu’ils n’aient agi sous influence, ont mis en cause ma gestion des fameux dossiers qui « empoisonnent » la vie politique béninoise depuis octobre 2012, allant même jusqu’à écrire que j’avais eu une « attitude suspecte ». Je tiens à dire solennellement, avant de quitter le Bénin, que les procédures prévues par l’accord franco-béninois de coopération judiciaire de 1975 ont été suivies à la lettre par mon ambassade, sous ma supervision constante, et que je ne laisserai personne, personne, porter atteinte à mon honneur, qu’il s’agisse de la forme ou du fond de ces affaires.

Ces mises au point étant faites, je voudrais vous dire que mon gouvernement, le Président Hollande et le Ministre Fabius, viennent de me renouveler leur confiance en me désignant pour un nouveau poste, en Asie cette fois. Ce qui m’ouvre en quelque sorte une belle prolongation de carrière, moi qui ai une hantise de la retraite.

Mesdames, Messieurs,

Je tiens à remercier tous les ministres, toutes les autorités, tous les collègues diplomates, les Béninois et les Français qui nous ont permis, à Françoise et à moi-même, de passer ici deux années passionnantes. Je laisse à Aline Kuster-Ménager, qui me succèdera dans quelques jours, une ambassade en état de marche, un campus sécurisé et rénové, une résidence encore plus agréable qu’à mon arrivée, notamment grâce au travail de Françoise à la tête de notre personnel béninois. Je souhaite à Aline le plein succès dans sa mission et je suis sûr que vous lui réserverez, à elle-aussi, un excellent accueil et tout l’appui nécessaire.

Vive la France !
Vive le Bénin !
Vive l’amitié entre le Bénin et la France !

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Mme et M. Tevoedjre, ancien Médiateur de la République, M. Bako Arifari, Ministre des Affaires Etrangères et M. Ajavon, Président du Conseil National du Patronat.

Dernière modification : 20/06/2013

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