Rémi Falzon, volontaire international "secteur privé" à l’Agence Française de Développement

Bonjour Rémi,

1. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Rémi Falzon, j’ai 26 ans, et j’occupe le poste de Chargé de Projets Secteur Privé et Formation Professionnelle au à l’Agence Française de Développement (AFD) au Bénin depuis novembre 2012 en tant que volontaire international (VI). Natif de l’Ile de la Réunion, j’ai eu l’opportunité de réaliser de nombreuses expériences personnelles et professionnelles à l’étranger. Je suis diplômé d’un master d’affaires internationales axé sur les questions de développement et humanitaire à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble en 2011. Au cours de mes études, j’ai pu réaliser des stages dans des domaines variés comme la finance, la recherche de fonds ou la gestion de projet dans des structures des différentes (fonds d’investissement, ONG internationales) et dans des pays au contexte très éloigné : au Vietnam, en France ou en Israël.
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Ce parcours m’a permis de confirmer l’intérêt que je porte aux questions de développement et de lutte contre la pauvreté, ainsi qu’aux mécanismes de l’aide internationale. C’est donc assez naturellement que je m’intéresse depuis plusieurs années aux activités de l’AFD, qui est en quelque sorte le bras armé de la politique française d’aide au développement. Appréciant depuis toujours de découvrir de nouveaux contextes, je savais que l’AFD à l’instar des ambassades, proposait des VI dans ses zones d’intervention. Par ailleurs, après une saison dans un cabinet d’audit à Paris, une expérience dans un contexte que je ne connaissais pas (l’Afrique de l’ouest) m’attirait tout particulièrement.

2. Quelles sont vos activités au Bénin ?

Je travaille au sein de l’Agence de Cotonou, qui couvre le Bénin. En plus de la Directrice et de la Directrice Adjointe, nous sommes quatre chargés de projet, repartis par secteur : deux agents locaux s’occupent respectivement des secteurs Energie/Infrastructure et Santé/Education, et ma collègue VI travaille sur les questions de Développement rural et d’environnement.

En ce qui me concerne, j’effectue un travail de suivi des projets, qui peuvent être à tous les stades du cycle de projet : instruction, mise en œuvre puis évaluation. Les projets qui composent mon portefeuille sont pour la plupart en cours d’instruction, c’est-à-dire que nous définissons leur plan de mise en œuvre et nous négocions les conventions avec les contreparties, qui sont en règle générale la République du Bénin elle-même. L’AFD est un établissement financier spécialisé ; en ce sens, il s’agit d’une institution dont le cœur de métier est l’activité bancaire. En revanche, dans certains pays pour lesquels le prêt au secteur public n’est pas l’outil privilégié, il est possible à l’AFD d’octroyer des subventions, qui proviennent soit directement de l’Etat français au titre de l’aide au développement, soit d’autres organisations.
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C’est le cas avec le Projet d’Appui à la Mésofinance, que nous mettons en œuvre depuis début 2012 au Bénin. Ce projet de 2 millions d’Euros a pour objectif principal de faciliter le financement des petites entreprises au Bénin, qui sont le premier pourvoyeur d’emploi et un formidable levier potentiel de croissance. Ce projet vise concrètement à donner plus de confiance entre les banques et les entrepreneurs, en créant une plateforme d’échanges d’information bancaires, qui permettra entre autres aux banques de la place de mutualiser leurs historiques de crédit et de repérer les emprunteurs peu fiables. Egalement, des formations de sensibilisation et de méthode seront dispensées à l’ensemble de la place bancaire. Plus spécifiquement, des enveloppes permettant de financer de l’assistance technique longue durée sont octroyées aux banques présentant une forte volonté de s’engager dans une stratégie de « descente en gamme » vers la clientèle de petits entrepreneurs. Nous sommes actuellement en train de négocier des conventions avec l’Union Européenne, afin de mener un autre projet complémentaire de plus de 10 millions d’euros. Ce deuxième projet permettra de mener des activités de renforcement du secteur privé en facilitant le dialogue public privé et en proposant des services de soutien au secteur productif, notamment aux filières agricole (ananas, karité et aviculture).


S’agissant de la Formation Professionnelle, l’AFD a octroyé en 2013 une subvention de 4 millions d’euros à la République du Bénin pour un projet d’appui à la formation professionnelle et à l’insertion des jeunes. Lors de l’instruction de ce projet, j’ai eu l’opportunité d’organiser des ateliers avec les partenaires potentiels sur le terrain : collectivités locales, entreprises, organismes de formation, et ministère et de préciser les contours du projet à venir.
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Travailler sur ces projets nécessite d’être en contact régulier avec différents partenaires : les maitrises d’ouvrages, qui peuvent être des ministères, des banques privées ou encore des associations, des ONG, des centres de formations. Cela me permet d’avoir un contact direct avec les autorités et la société civile, et de voir l’évolution des projets au jour le jour. Le fait de suivre des projets me permet de cerner les exigences que l’AFD a en tant que bailleur de fonds : diligences sur les partenaires sur les questions de lutte anti-terrorisme ou de corruption, surveillance des procédures de décaissement, mais également veille sectorielle sur l’actualité de mes secteurs d’activité et plus généralement coordination avec les autres acteurs de coopération (ambassades et organisations internationales). Par ailleurs, mon travail à l’AFD peut prendre d’autres formes, comme le suivi d’outils financiers spécifiques à l’AFD (garanties bancaires ARIZ), ou de la prospection pour PROPARCO, filiale secteur privé de l’AFD.

3. Quelles sont vos impressions personnelles sur la vie au Bénin, la société béninoise ?

Il est évident que la vie personnelle et a fortiori professionnelle dans un milieu d’expatriation, change beaucoup d’aspects du quotidien. C’est particulièrement le cas dans des contextes culturels très différents comme le Bénin. Le secteur privé béninois souffre d’un climat difficile : les manquements à la loi, la corruption et les insuffisances du dialogue public-privé pèsent sur les affaires. A cela s’ajoutent des contraintes structurelles très lourdes comme la faiblesse des infrastructures, l’insuffisance du niveau de capacité et de formation des acteurs locaux, ou le manque d’accès à l’énergie.

Dans ces conditions, travailler sur le soutien au secteur privé peut sembler très compliqué. Pour autant, le quotidien me montre que les choses peuvent avancer, et qu’une marge de manœuvre existe. L’essentiel est selon moi de parvenir à trouver le bon interlocuteur, le bon partenaire, et de savoir utiliser le levier ou la méthode qui convient pour se sortir d’une situation problématique. Il me semble aussi important de prendre régulièrement du recul : beaucoup de problèmes se posent également en France aussi, et de manière générale, tous les pays connaissent des difficultés.

Si cette expérience m’a permis de voir plus directement celles que connait le Bénin, j’aurai pu aussi constater les grandes mutations économiques et sociales qui sont à l’œuvre ici. Le Bénin, comme l’Afrique de l’ouest, bouge. Les populations s’urbanisent, la transition démographique est bien entamée, l’accès aux services de base s’améliore... L’influence de la modernité et de la mondialisation sur ce petit pays d’Afrique de l’ouest se reflète de mille façons différentes tous les jours, et réserve des surprises quotidiennes. Constater que des jeunes rencontrés un jour en zone rurale nous demandent en contact sur Facebook, ou que des adultes n’ayant pas bénéficié d’un haut niveau d’éducation sont très bien informés de l’actualité internationale et ont un avis critique et renseigné sur la politique de notre pays en Afrique nous montre que les populations de ces pays sont loin d’être aussi coupées du monde que l’on peut s’imaginer. Bien sûr, les clichés persistent, et les problèmes que connaît le pays sont légions. Mais vivre directement ces réalités est une expérience qui restera inoubliable ; essayer de contribuer à ma mesure, à la réduction de certains de ces problèmes, est passionnant.

Dernière modification : 19/02/2014

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