Tristan Routier, volontaire international coopération décentralisée

Entretien avec Tristan Routier, volontaire international chargé de mission coopération décentralisée.


Bonjour Tristan,

1. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Âgé de 29 ans, je suis originaire de Paris. Historien de formation, je me suis spécialisé au cours de mes études sur l’administration pré-coloniale en Afrique de l’ouest, avant de préparer un Master en Anthropologie et Ethnologie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Mes recherches portaient alors sur la reconnaissance des autorités coutumières dans la réforme de décentralisation au Mali.

Mon appétence pour le continent africain m’a conduit au Pôle Afrique de Cités Unies France où j’ai été recruté en 2008 en tant que chargé de mission puis chargé d’étude. Ma mission consistait alors à mener des études thématiques sur l’action internationale des collectivités et à coordonner les actions de coopération décentralisée entre la France et trois pays d’Afrique subsaharienne : le Mali, le Niger et le Togo.

Cette première expérience m’a beaucoup apporté et j’ai dès lors souhaité orienter ma carrière dans le secteur de la coopération. J’ai ainsi travaillé comme consultant à la création du Club des Sociétés d’Économie Mixte engagées dans la coopération décentralisée. C’était pour moi l’occasion d’élargir mon champ d’expertise à la coopération économique.

Suite à cette expérience, j’ai été engagé au service communication d’Adetef, l’opérateur de coopération internationale des Ministères de l’Économie et du Budget. Cette étape m’a permis de me familiariser avec le fonctionnement de l’administration centrale et de la coopération bilatérale. Après deux années à Bercy, j’ai souhaité revenir dans le giron de la coopération décentralisée qui correspondait davantage à ma vision du développement et à l’univers dans lequel je souhaitais évoluer.

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Visite sur le site du futur barrage hydroéléctrique d’Adjarala (commune d’Aplahouè)


Cette mission au Bénin m’a donné l’occasion de renforcer mon expertise de terrain dans des secteurs très variés. Je souhaiterais à terme poursuivre ma carrière dans la sous région dans l’univers de la coopération décentralisée. Les liens personnel et professionnel que j’entretiens avec le Mali m’incitent à suivre avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation avec l’espoir que la coopération décentralisée retrouvera son dynamisme d’avant la crise.

2. Quelles sont vos activités au Bénin ?

J’occupe actuellement le poste de « chargé de mission coopération décentralisée » à l’ambassade de France au Bénin, détaché auprès du Secrétariat Administratif Permanent (SAP) de l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB). L’ANCB est la structure faitière des 77 communes béninoises qu’elle est chargée d’accompagner dans le processus de décentralisation. Cet accompagnement se traduit par une assistance technique (assuré par le SAP) et un appui politique (réalisé par le bureau exécutif composé d’élus).

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Accueil d’une délégation de l’association Pompiers Action Internationale


Ma mission consiste en premier lieu à assurer le suivi de la coopération décentralisée franco-béninoise ainsi qu’à appuyer l’ANCB dans ses missions relatives à la coopération. Rappelons qu’il existe aujourd’hui plus de cinquante partenariats entre les collectivités locales françaises et béninoises qui interviennent dans des champs très variés (appui institutionnel, développement urbain, accès à l’eau et à l’assainissement, santé, éducation, développement économique, etc.). Cela représente un poids considérable dans le développement des collectivités locales au Bénin et dans la mise en œuvre du processus de décentralisation. J’accompagne ainsi les partenariats existants, pour l’identification des actions ainsi que pour le montage et le suivi des projets (accueil de délégations françaises, missions de suivi évaluation sur le terrain, élaboration d’outils : base de données, répertoire des coopérations, guides de bonnes pratiques). Je m’occupe aussi d’appuyer les collectivités qui souhaitent mettre en œuvre un projet de coopération (conception du projet, recherche de partenaire, suivi des partenariats).

Le second volet de ma mission consiste à réaliser une veille sur l’évolution du processus de décentralisation, en étroite collaboration avec le SCAC et l’Expert Technique International (ETI) de l’Ambassade de France (détaché auprès du Ministère en charge de la décentralisation).

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Visite sur le terrain dans la commune de Lalo avec une délégation de la communauté d’agglomérations de Saint-Omer


Au-delà de ces missions, j’appuie l’ANCB dans la mise en œuvre de ses activités (développement des offres de service, organisation d’évènements, communication, formations) selon les besoins identifiés.

Le contexte professionnel dans lequel j’évolue est particulièrement enrichissant dans la mesure où je suis basé au sein d’une institution béninoise, en totale immersion. C’est un bon moyen de découvrir les réalités du terrain et d’être confronté aux contraintes locales. J’ai immédiatement trouvé ma place au sein de l’équipe technique composée de 12 personnes aux profils très différents (administrateurs publics, journalistes, documentaliste, experts). J’ai enfin la chance d’être à une position d’interface que cela soit entre les autorités locales françaises et béninoises, ou entre les autorités béninoises et la société civile ce qui m’amène à rencontrer des profils très variés.

3. Quelles sont vos impressions personnelles sur la vie au Bénin, la société béninoise ?

Le Bénin est un pays extraordinaire, de par sa diversité tant culturelle que naturelle. Etant passionné d’histoire et de musique, je ne pouvais qu’être sensible à la richesse de ses traditions qui sont autant de portes ouvertes sur le passé et les cultures. J’ai été agréablement surpris de voir les efforts qui étaient réalisés pour sauvegarder ce patrimoine qui se transmet et se recompose sans arrêt dans une société en perpétuelle mutation.

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Accueil d’une délégation d’Albi dans le cadre du partenariat avec la commune d’Abomey


J’ai pu au cours d’une mission apprécier les réalisations de la coopération décentralisée dans le secteur du patrimoine. La ville d’Abomey, capitale historique du royaume du Danxomè, abritait le culte des Dadassi, femmes possédées par les esprits des anciens rois. Ce culte avait été abandonné il y a plusieurs années en raison de la destruction du couvent où il était pratiqué. Grâce à l’appui de la ville d’Albi, le site à été restauré permettant le retour des Dadassi et la réintroduction du culte après plusieurs années d’abandon.

C’est donc un pays accueillant où l’on apprécie de vivre. Il faut parfois prendre un peu de recul et surtout être patient car ici plus qu’ailleurs, le temps est relatif. Mais heureusement on s’adapte vite au rythme local et on apprend à être patient ou à le devenir davantage.

Au final c’est une expérience très riche, tant sur le plan professionnel que personnel et je me réjouis de passer une année supplémentaire à œuvrer au service du développement des communes et de la coopération décentralisée entre la France et le Bénin.

Dernière modification : 03/05/2013

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