Yannick Barrey, Conseiller "Action de l’Etat en mer" du Ministre de la Défense Nationale et Chef de projet FSP ASECMAR

Bonjour Yannick,

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 40 ans et suis originaire du Nord, de Lille plus exactement. Le Nord-Pas-de-Calais est d’ailleurs une région à laquelle je reste très attaché. Je suis marié et père d’une petite fille.

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Quel est votre cursus ? Pourquoi avoir choisi la Marine et qu’est-ce qu’un commissaire de la marine ?

Diplômé de l’Institut Politique de Lille et d’un master 2 d’administration des entreprises, je suis entré dans la marine en 1996, en tant que commissaire. J’ai opté pour la Marine car à l’époque je ne pensais qu’à une seule chose c’était voyager. Et le faire comme officier, dans une institution qui confond presque son existence avec celle de l’Etat, et qui porte des valeurs qui vous dépassent en tant qu’individu était pour moi encore plus exaltant que le simple voyage.

Le corps des commissaires de la marine correspondait le plus au type d’études que j’avais faites. Le commissaire est plutôt un administrateur et un juriste.

Qu’avez-vous retenu de votre vie de marin embarqué ?

Il y a quelques adages qui circulent dans les carrés qui résument bien l’esprit de l’embarquement : « On sait quand on part mais jamais quand on revient » ou encore « Noël en mer… Pâques aussi ! ». Nous sommes avant tout militaires et la mission prime. La disponibilité doit être totale. Le fait d’être au milieu de l’océan aide à se concentrer sur son travail. Mais en mer, même si les journées sont parfois longues et répétitives, tout peut arriver : détresse d’un navire, secours de population après un cyclone, opération de police contre des trafiquants de drogue, récupération d’un navire piraté, etc. La mer paraît vide mais il s’y passe beaucoup de choses…

Quelles sont vos activités au Bénin ?

Je suis chef de deux projets de coopération de sécurité et de défense depuis le 18 août 2011. Le premier vise à la mise en place d’une organisation de l’Action de l’Etat en mer au Bénin. C’est un projet que j’anime en tant que conseiller maritime de M. Yerima, Ministre de la Défense Nationale. Pour ce projet, je bénéficie de l’aide du CC Cyril
Senne, conseiller du chef d’état-major des forces navales béninoises.

Le second projet est un fonds de solidarité prioritaire qui s’appelle ASECMAR et qui contribue à la réforme du secteur de la sécurité maritime dans 14 autres pays du Golfe de Guinée.

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Comme tous les coopérants militaires français, je travaille sous les ordres du colonel Deuwel, attaché de défense et chef de la mission de coopération de sécurité et de défense.

Quel regard portez-vous sur votre mission ?

Le renforcement de la sécurité maritime est tout à fait fondamental pour les Etats côtiers du Golfe de Guinée. La vingtaine d’attaques au large du Bénin en 2011 a eu des conséquences directes sur la fréquentation du port de Cotonou, connu pour être l’un des poumons de l’économie nationale, à l’instar de nombreux autres pays. La sécurité, en mer comme à terre, reste plus que jamais une des conditions du développement. Il y a en réalité un continuum entre la mer et la terre, les trafiquants le savent bien. Pourquoi les Etats sont-ils si difficiles à convaincre ?

Ma mission est passionnante car elle porte sur un sujet d’actualité nécessitant des réformes structurelles. En outre, elle mêle plusieurs dimensions : expertise juridique et technique, conseil aux autorités militaires et aux administrations civiles, plongée dans les rouages institutionnels, compréhension des spécificités nationales, mais également des dynamiques régionales et des logiques étatiques.

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C’est la première fois que je travaille pour le compte d’un autre Ministère que celui de la Défense, à savoir le Ministère des Affaires Etrangères. Cela s’est fait très naturellement et sans difficulté car la Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense (DCSD) a une longue tradition d’accueil des militaires, mais il est vrai que cela peut donner envie d’expérimenter d’autres détachements.

Quelles sont vos impressions personnelles sur la vie au Bénin ?

Cela a été avant tout une aventure familiale. Ma fille avait deux mois quand elle est arrivée à Cotonou avec mon épouse. Aujourd’hui elle chante « Joyeux Anniversaire » en fon… et sa maman est un peu moins stressée par les moustiques !

En tant que coopérant j’ai vécu ces presque trois ans avec les Béninois, au jour le jour. J’ai maintenant quelques solides camarades, des amis… je n’en suis pas sûr. C’est difficile je trouve.

Les Béninois sont attachants et très sympathiques mais ils demeurent très fatalistes. Sans doute doivent-ils l’être pour faire face, avec le sourire, aux aléas de la vie quotidienne. Il reste beaucoup à faire et le champ de l’aide bilatérale et internationale semble infini. On aurait envie que leur niveau de vie s’améliore plus rapidement mais rien n’est simple.

Pour finir sur une note plus optimiste, j’ai particulièrement apprécié l’art contemporain béninois que j’ai d’ailleurs découvert en grande partie grâce aux expositions de l’Institut Français du Bénin : on y décèle beaucoup de débrouillardise, d’imagination et de talent. J’ai aidé quelques uns de ses artistes… en achetant leurs œuvres !

Vous pouvez suivre la page Facebook du FSP ASECMAR

Dernière modification : 13/05/2014

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